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Oriona Maya – Auteure

Un avant-goût de l’ambiance…

By Oriona Maya, auteure on 02/01/202602/01/2026

2è extrait : Chapître 3 – Le marché de Saint-Paul

Il était déjà neuf heures et Titiène m’avait concocté un planning de ministre pour mon séjour. Ce matin, nous allions au marché de Saint-Paul. Ce marché était un de mes préférés avec toutes ses couleurs, ses senteurs et ses saveurs.

Il avait une liste de courses à faire pour sa mère que nous allions retrouver dès le lendemain aux aurores.

En arrivant sur ce bord de mer, je pris le temps d’aller sur la plage pour saluer l’océan, les baleines, les dauphins, les tortues et les raies Manta.

Titiène m’avait abandonnée pour faire ses courses, et m’avait donné rendez-vous vers midi pour déjeuner sur le pouce.

Je restai un moment sur le sable, savourant le bruit du ressac, bercée par l’agitation sympathique du marché en arrière-plan. J’étais tellement bien.

Puis je décidai de retourner prendre ce bain de foule, qui me replongeait une fois de plus dans mon enfance. Je sortis mon portable pour photographier tout ce qui me réchauffait le cœur. J’étais une grande fan de photomontages.

Je m’offris une noix de coco qu’un vendeur débroussa devant moi avec une rapidité et une agilité remarquables, avant de la percer pour que je puisse en boire l’eau. Pas très pratique, pensai-je, mais heureusement, j’avais dans la poche arrière de mon sac à dos un verre pliable, eh oui, vous avez bien entendu ! Il y en avait assez pour en remplir deux.

Je demandai alors au vendeur de me fendre la noix en deux avec son koupé (ce grand couteau créole) et je sortis ma cuillère pour savourer la pulpe tendre du coco, dont je raffolais. J’avais de la chance : c’était une jeune noix, riche de cette chair délicate. Dans les plus vieilles, la pulpe s’était déjà changée en coprah, dur et sec. Encore un souvenir lumineux de mon enfance !

Figue (bananes), jujubes, bidasse (nèfles du Japon), ananas Victoria, fraises péi, oranges, papayes, tangor (croisement de la tangerine et de l’orange), pistache (cacahuètes), maracuja concombres, brèdes*, bringelle (aubergines), piments, tomates, chouchou (chayottes), safran péi (curcuma)… Les étals de fruits et légumes étaient un festival de couleurs et de lumière, et l’animation joyeuse des marchands me régalait.

Juste à côté, les stands de sarcives*, de bonbons piments* et de samoussas* (que ma mémé appelait sambos) dégageaient leurs effluves créoles alléchantes, avec leurs déclinaisons au porc, végétariennes ou aux crevettes. Je repérai les stands qui m’intéressaient, pensant que nous reviendrions vers l’heure du déjeuner.

La partie artisanale était d’une richesse incroyable. Les soubiques (paniers malgaches), les figurines, les bouteilles de rhum recyclées et décorées avec des noms plein d’humour, les petits sachets de mélanges séchés n’attendant que le rhum pour y infuser leurs parfums, tangor-cannelle, mangue-passion, litchi-vanille Bourbon, ananas Victoria, mélanz lontan, figue flambée, géranium-citron vert… On ne pouvait que trouver son bonheur !

Les tableaux sur bois de récupération, les vêtements en soie peints à la main témoignaient du talent des zartist péi.

Arrivée au bout du marché, je poursuivis sur la promenade en direction de l’embarcadère, lorsque j’entendis à nouveau chanter Toué lé jolie. L’émotion me submergea, et les larmes coulèrent sans que je puisse les retenir. Heureusement que je portais mes lunettes de soleil.

Le chanteur, avec sa voix douce, s’accompagnait à la guitare, puis à la clarinette. Je me dis que j’aurais aimé qu’il le fît au saxo ! Aussitôt dit, aussitôt fait ! Waouh… Que de signes m’envoyaient mes gramoun ! Je décidai de rester là, à l’écouter chanter toutes ces chansons lontan. J’étais tellement bien.

En regardant autour de moi, j’aperçus une gramoun très joyeuse qui dansait et chantait seule. Elle se tourna vers moi, et son regard me transperça. Elle ressemblait tellement à ma mémé ! Je me remis à sangloter. L’émotion me submergeait de nouveau. J’aurais voulu lui dire, mais je n’osais pas.

Une voix en moi s’éleva :

« Vas-y, sinon tu le regretteras ! »

Prenant mon courage à deux mains, je m’approchai d’elle, tout en me demandant si ce n’était pas déplacé. Nos regards ne s’étaient pas quittés pendant que j’avançais. Je lui murmurai :

« Pardonnez-moi, mais vous ressemblez tellement à ma ti mémé… j’avais envie de vous le dire. »

Elle me sourit, hocha la tête et me prit dans ses bras. Puis, en créole, elle me dit :

« Wi wi, mi koné. Mi té aten aou. La vi bann gramoun la pa té osi dous konmela, ou koné. (Oui oui, je sais. Je t’attendais. La vie des anciens n’était pas aussi douce qu’aujourd’hui, tu le sais bien !) C’est pour eux que je danse et que je chante. Non, je ne suis pas seule. Le cœur de ceux qui sont ici chante aussi, même s’ils n’osent pas vraiment le faire. Mais toi, je sais que tu oseras. »

Elle continua à me parler de sa vie dans les Hauts. Petite, elle té march dann pié (marchait pieds nus) parce qu’ils étaient trop pauvres pour avoir des chaussures. Sa mère lui avait appris à faire des sandales avec des feuilles de vacoa ou de latanier, mais ça ne tenait pas aussi bien que les savates deux doigts (les tongs) que leur père fabriquait à la fin des années 60, en recyclant de vieux pneus.

Pourquoi m’avait-elle parlé de cela précisément ? Peut-être pour me transmettre un fragment de mémoire, une image de la vie rude des Yabs des Hauts. Pourtant, elle souriait, presque avec nostalgie.

« Nou té pov mé té pa mizèr ! (On était pauvres, mais on n’était pas dans la misère), dit-elle enfin, en fermant doucement les yeux.

— Mersi aou pour ce beau partage, gramoun… » murmurai-je en lui prenant les mains, toutes flétries, mais pleines de chaleur.

Je me dirigeai vers le chanteur qui avait fini la chanson P’tit Angelo, pour lui demander de chanter P’tit paille-en-queue, ce qu’il fit. Je chantai d’abord doucement puis plus fort, et je vis la gramoun qui me fit un geste de la tête. J’avais osé !

J’étais resté une bonne heure à écouter bann chanson lontan (les chansons d’autrefois). Je réalisai qu’il était midi passé, mais fort heureusement, le point de rendez-vous de Titiène était tout proche.

Je retrouvai Titiène en train de parler avec une vieille dame, qui s’avérait être une amie de sa mère. Elle lui proposait de garer son 4×4 chez elle au centre-ville de Saint-Paul, et de prendre le 74 pour monter à la Plaine, au départ du chemin de randonnée de la Canalisation des Orangers. C’était plus sûr ! Nous la quittâmes, contents de sa proposition.

« Rien n’arrive par hasard ! Je pensais justement à appeler cette amie pour lui demander si je pouvais garer mon 4×4 chez elle pendant plusieurs jours… et voilà que je la croise ! J’adore ces synchronicités que nous offre la vie ! Et toi, as‑tu fait de belles rencontres ? » sourit‑il.

— Tu sais déjà n’est-ce pas ? plaisantai-je.

— En effet ! Mais si tu veux me raconter les détails, j’en serai ravi, car je ne reçois que les informations qui me sont nécessaires, le reste te concerne. Sens-toi libre, je ne serai pas vexé. »

Je lui racontai donc mon incroyable rencontre et cela me submergea à nouveau. Je crus même revoir l’espace d’un instant la gramoun qui me regardait de l’autre côté d’un étal, mais une personne passa devant elle, elle avait disparu.

Nous nous arrêtâmes à un petit snack où j’avais repéré deux places libres face à la mer. Une dodo lé la (bière locale) pour Titiène, un soda péi tangor pour moi, accompagnés de bonbon piment (beignets à base de pois chiches) et de bouchon (bouchées chinoises de viande) au combava* nous avaient totalement comblés.

De retour à la voiture, j’eus l’impression qu’il me manquait quelque chose. En tournant la tête, une supérette m’attira. J’entendis : « pense à prendre des graines pour les tizwazo (petits oiseaux) demain ! » Je m’exécutai avec grand plaisir et nous retournâmes aux Colimaçons.

Chacun préparait son sac à dos pour le lendemain. Je passai en revue ma check‑list : un kawé et des vêtements chauds, un t‑shirt, des chaussures d’eau et des chaussettes de rechange, mon maillot de bain et la crème solaire, mon savon-shampoing solide fé la kaz (fait maison), quelques lacets de rechange, mon Gua Sha* en jade, un bandage large, du désinfectant et de l’huile d’arnica, ainsi que mes huiles essentielles de tea tree et de menthe poivrée. Je n’oubliai pas les pansements, le baume du tigre rouge pour Hortense, mes lunettes, ma gourde, le téléphone avec son chargeur longue durée, mon duvet, la casquette pour protéger ma nuque… et, bien sûr, les graines pour les tizwazo.

Titiène ne m’avait pas encore dit où nous allions, juste que nous allions retrouver sa mère et qu’il y avait un peu de marche ! Il m’avait dit cela en écarquillant les yeux et en fronçant un peu les lèvres et j’ignorais à quoi je devais m’attendre. Cela m’amusait ! Enfin, presque ! Une partie de moi commençait à me titiller, celle qui avait besoin de tout savoir à l’avance !

Demain j’enfilerai un pantalon modulable et un t-shirt à manches longues. Je posais sur la table de chevet mes lunettes de soleil et ma casquette saharienne, ainsi que mes chaussures de marche au pied de mon lit. Ma check-list était validée.

Il devait être dix-huit heures, car le soleil rougeoyant avait déjà bien amorcé sa descente à l’horizon. De longs filets de nuages embrasés et l’océan aux teintes violines offraient un spectacle remarquable et je restais à regarder, comme hypnotisée par tant de beauté. Je sentis nos amis les sylphes papillonner autour de moi et leur dis au revoir en prévision du lendemain.

Titiène avait préparé le repas : un cari de zourites (poulpe ou pieuvre), des lentilles de Cilaos et du riz. J’en avais l’eau à la bouche.

 « Demain, nous allons retrouver ma manman à L’Îlet des Lataniers dans le Cirque de Mafate. Nous allons passer par la Canalisation des Orangers. C’est le plus simple et le plus beau. Je pense qu’il est bon de commencer tranquillement pour toi, même si tu as l’habitude de marcher. Il fera chaud, car il n’y a pas d’ombre. Je te conseille de mettre un t-shirt à manches longues qui couvre bien le cou. Une intuition !

Je sais que tu dois prendre avec toi beaucoup de choses puisque tu ne reviendras pas avant un petit moment. Si tu as besoin, je t’aiderai. Je vais juste prendre une dizaine de kilos de courses pour ma mère et quelques affaires, car je ne resterai que quelques jours, le temps que mon père revienne. On marchera tranquillement. C’est pour cela qu’il faut y être dès le lever du soleil vers six heures. Nous nous garerons chez l’amie de ma mère et elle m’a envoyé un texto pour me proposer de nous emmener à Sans-Souci, le bus 74 ne passant pas à cette heure matinale.

— Rassure-toi, avec le petit décalage horaire et mon habitude de me lever vers six heures, je serai prête à partir à cinq heures. En revanche, je tombe de sommeil, alors si tu veux bien, je déguste ton délicieux dessert et je vais me coucher, souriais-je.

— Je vois que tu n’as pas oublié ce que je t’ai promis ce matin !

— Figues flambé ek rom, galabé ek vani Bourbon ! Ou plaisante ou kwa ! » (Des bananes flambées au rhum avec du sucre de canne pays et de la vanille Bourbon ! Tu plaisantes ou quoi !) 

À dix-neuf heures trente, je dormais déjà.

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Chronique littéraire — L’Appel des Gramoun

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